jeudi 2 juin 2011

Les Imperméables-Prose

Voyez mon bel imperméable. C’est un cadeau de mes pairs; la faute originelle. Sa surface cirée recouvre mon corps, de belles bottes m’enserrent les pieds et ma capuche est pour moi la seule couronne que permet ma condition. De mes manches pendouillent de belles breloques : une BMW, des billets de banque, des bijoux, un contrat de mariage, peut-être deux, un bateau, un chalet, une piscine et un bungalow. Et je vais les chemins ainsi vêtu. Voyez mon chef! La pluie ne l’atteint pas. Quelle est belle et pratique cette capuche. Je peux voir, je peux me pencher pour regarder ce qui traine à mes pieds et tout ça sans en aucune façon mouiller ma chevelure! N’es-ce pas merveilleux? Déjà j’ai pleuré sur mes sentiers, mais l’eau ne m’atteint désormais aucunement. Elle coule entre mes bottes et je la regarde filer, en souriant. Quel beau spectacle que celui de l’eau qui ruisselle! Quel divertissement!  Des fois, lorsqu’il fait chaud, la pellicule se colle sur mes bras et j’ai peine à distinguer ma silhouette sous le drap jaune. On m’a dit qu’au soleil, il est arrivé à certaines personnes que leur ciré fonde sur leur peau. Lorsque pareille chose arrive, il faut voir un médecin. Mais peu s’en soucient. La plupart y voit quelque chose de pratique, protégés en permanence contre l’orage!  Et d’une parcelle de cet imperméable, je ferai celui de mes enfants et quelques fois, par l’altruisme, dont je me sais habité, j’en ferai de même pour de parfaits inconnus, car est inconnus tous ceux qui n’ont point mon sang. Et même mon sang et ma chair! Peut-être si j’ouvrai mon manteau quelqu’un pourrait entrer? Je risquerais d’être mouiller…L’eau reste dehors, moi dedans. Que chacun ait son imperméable, car le miens, je ne le prêterai en aucune façon!