vendredi 14 janvier 2011

La sieste ecclésiastique


La sieste ecclésiastique
(Nelligan)

Vraiment, il a bel air sous sa neuve soutane,
Ce cher petit abbé, joufflu, rasé tout frais,
Pour qui la bonne table a d'innocents attraits...
Il en rêve au couvert de l'ombrageux platane.
 
Midi sonne. En plein ciel le soleil se pavane,
Et monsieur le vicaire, ô scandaleux portrait !
S'est endormi, tout rond, sur la pelouse, abstrait,
Songeant aux gros péchés de quelque courtisane.

On vient de la cuisine... et, sous le blanc rideau,
Blanche pousse Michel, Louise, le bedeau,
Et tous de s'esquiver en éclatant de rire,
 
Cependant que l'abbé, ne se reprochant rien,
S'étire et murmure en un céleste sourire
Que Bacchus, après tout, était un bon chrétien.

Ce poème fais partie des pièces retrouvées après la mort de Nelligan. En sa jeunesse Nelligan fut un fervent croyant, mais au fil de son existence, sa foi se tarie, alors qu'il avait tant de fois fait allusion à des chappelles, des saintes aux yeux bleus, Notre-Dame-Des-Neige.

Cette pièce aussi fut interprétée par Mme Leyrac sous le même titre.

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